Dès les premiers épisodes, Stranger Things saison 5 remet la musique au cœur du récit. Non pas pour la nostalgie, mais pour indiquer comment chaque personnage se situe dans ce moment charnière. De Diana Ross à Kate Bush, la bande-son trace une cartographie émotionnelle précise, souvent directement liée au danger qui plane sur Hawkins.
Diana Ross, Kate Bush et les marqueurs émotionnels de l’avancée du récit
L’utilisation de « Upside Down » de Diana Ross dans les crédits d’un épisode n’a rien d’anodin. Sorti en 1980, ce morceau renvoie à une inversion des repères, un motif qui correspond exactement à la situation de la ville, désormais partiellement absorbée par l’Upside Down. Cette chanson sert de ponctuation : elle annonce un déplacement du rapport de force entre les protagonistes et la dimension parallèle.
La présence répétée de « Running Up That Hill » de Kate Bush dans la chambre de Max rappelle que son lien avec Vecna n’est jamais rompu. La musique n’y sert plus d’outil de survie comme dans la saison 4, mais de rappel narratif : Max n’est pas sortie de l’emprise du réseau mental qui l’a piégée. Chaque reprise du titre signale un seuil, un passage ou un risque.
Les références internes : la radio, les playlists de Hawkins et les goûts musicaux des personnages
Les morceaux diffusés sur WSQK, la radio locale animée par Robin et les lycéens, ne suivent pas la logique des tubes de 1987. On y entend plutôt des titres déjà marquants des années précédentes, comme :
- « Pretty in Pink » des Psychedelic Furs (1981, réenregistré pour le film de 1986)
- « Rockin’ Robin » dans la version enregistrée par Michael Jackson (1972)
- « Should I Stay or Should I Go » de The Clash (1982)
Ces choix permettent de situer les personnages dans la continuité des saisons précédentes. La station agit comme un fil rouge sonore : elle rattache la vie quotidienne de Hawkins à ce qu’ils ont déjà vécu. Elle éclaire aussi les relations : Robin envoie « Pretty in Pink » à Vickie, reprenant le motif des amours contrariées du film auquel la chanson est associée.
Dans la même logique, Jonathan porte un T-shirt du groupe The Fall, symbole d’une contre-culture en marge, tandis que Murray cite John Coltrane et son album A Love Supreme. Cette opposition entre exploration musicale et rigueur symbolise le rapport de Jonathan à l’expérience : s’échapper, comprendre, chercher une alternative. Murray, lui, incarne la méthode et la déduction.
La musique comme code narratif : signalements, signaux et références à d’autres œuvres
La bande-son ne fonctionne pas seule : elle intervient souvent avec des objets ou des situations qui renforcent son rôle. Ainsi, le clin d’œil à The Wiz — que Robin qualifie de « flop-a-rooni » — inscrit Hawkins dans une confrontation permanente entre apparence lumineuse et sous-couche inquiétante.
La reprise de « Sh-Boom » des Chords accompagne la visite de Max dans un Hawkins figé en 1959. La chanson sert ici de déclencheur d’un malaise temporel : une vision trop parfaite, trop lisse, qui contraste avec la tension de la scène.
Enfin, la mécanique des radios et fréquences, très présente via Steve Harrington, renvoie aux débuts de la série. L’usage de signaux radio pourrait devenir un outil narratif majeur, comme dans la saison 1, où ils permettaient de détecter des anomalies. Leur réapparition dans la saison 5 suggère un retour aux fondamentaux.
La musique agit donc comme un système d’indices, une manière de raconter ce qui ne peut l’être directement.
Pourquoi Stranger Things utilise-t-il autant de chansons anciennes ?
Les morceaux situent le récit dans une temporalité précise tout en soutenant l’évolution émotionnelle des personnages.
Quel est le rôle de la radio WSQK dans la saison 5 ?
Elle sert de fil narratif et affectif, reliant les personnages via des titres déjà associés à leurs arcs personnels.
La musique annonce-t-elle vraiment des éléments du final ?
Oui, plusieurs choix musicaux signalent des bascules narratives, notamment autour de Max, Holly et la structure temporelle de la saison.





